J’écris ces mots avec l’océan Atlantique sous les pieds, Dorval très loin derrière dans le rétroviseur, et déjà je sens la côte espagnole se profiler à l’horizon. À peu près seul de ma section à ne pas avoir de cache-yeux enfoncé sur le crâne (ou à ne pas écouter le délicieux film de série «E » qui est rediffusé en continu depuis 1987 dans toutes les compagnies aériennes), j’illumine courageusement la rangée #48. Confortablement installé dans mon siège, je remercie intérieurement ce corridor trop passant à mon goût, ces agentes de bord trop froides à mon goût, ainsi que ce thé trop froid/fade à mon goût. Je les remercies de me signifier plus concrètement que jamais que j’approche de mon nouveau « chez soi estival » : Barcelone.
Malgré mes 57 kg de bagages, je me sens dépourvu. Autant par la faute de ma connaissance trop sommaire de la culture catalane (ou même espagnole !) que par celle de mon statut – assez bref, espérons-le – de « sans-emploi sans-abri ». Je met en effet le pied (pour la première fois) sur la péninsule ibérique sans travail confirmé, ni sans appartement de signé. Je dois donc, au risque de nuire à mon image tant soignée de mâle alpha, m’avouer un peu anxieux. J’essaie, depuis mon départ de Montréal, de me convaincre que les nœuds dans mon estomac sont la faute du mélange peu sûr que forment la Rickard’s red (à 10$ la pinte !) et le club sandwich de l’aéroport Trudeau, mais en vain : je ne me crois pas moi-même.
Je dois tout de même une fière chandelle à ma voisine de droite, gentille mère partie voir le monde avec sa fille, de m’avoir changé les idées pendant 150 longues minutes à me décrire de long en large sa passion pour les musées d’histoire naturelle. Je vous l’accorde, c’est pas autant de thrill que de rester pris la tête en bas pendant 3h dans un manège à la ronde, mais bon, on prend ce qui passe.
Durant le trajet de 14h30, j’ai eu l’occasion de penser à tout et à rien, en passant par l’analyse des motifs ornant les bas bruns de mon voisin d’en face (comptable ? Qui sait…) J’ai retenu quelques lignes qui me sont passées par la tête. On s’occupe bien comme on le peut !
Antoine…
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Dit à tout ceux qui dorment la tête renversée par derrière, la bouche ouverte et qui ronflent (i.e.: dans mon cas, 5 personnes dans un périmètre d’un mètre) : « J’ai envie de vous réveiller en vous mettant dans la bouche le sachet de thé croûté dans ma tasse depuis la 1e heure de vol. »
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En tant qu’auteur de « How to look like an idiot while chatting with a stranger beside you in a plane » (conversation traduite de l’anglais) :
La dame des musées d’histoire naturelle me dit :
-Oui, j’ai un très bon ami qui me rejoint à Paris, il y travaille au musée d’histoire naturelle, il part de « London », mais il ne reste avec nous seulement que pour 2 jours, après quoi il retourne chez lui.
Et moi de lui répondre d’un air surpris et impressionné, puisque cette femme vient d’Ottawa :
-C’est un homme courageux ! Je n’en connais pas beaucoup qui partiraient de l’Ontario pour aller voir une amie en France, puis revenir après 2 jours !
J’ai eu droit à un fou rire de compétition, très bon pour mon estime.
-Non, je parlais de London « GB », pas London « Ontario » !
La conclusion de cette (ô combien passionnante) tranche de vie : « J’ai une dent envers les Ontariens pour avoir donné des noms de grandes villes partout dans le monde à leurs banlieues (Paris, Londres, Windsor, etc.) »
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Vient de réaliser en observant son voisin de gauche dans l’avion qu’il a compris une grande leçon de la vie : les grosses bédaines de bière dures servent à bien plus qu’à seulement charmer les femmes ; on peut les utiliser comme lutrin de lecture, support à menton (en cas de sieste hors-horaire) ou encore à passer des tests hautement rigoureurx d’élasticité de t-shirt (échoué dans ce cas-ci)
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A établi, en regardant le groupe de jeunes filles du secondaire qui prennent quelques rangées et qui lisent toutes « Twilight », qu’il préférerait transporter un sac à dos contenant une entrée de porte de garage de « petite roche » que d’emmener avec lui tous les tomes écrits par Stephenie Meyer.
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Répond, à tout ceux qui disent que la bouffe d’avion est mauvaise : « vous avez raison. »
Je clos cet article en m’engageant à ce que le prochain déborde de positivisme, de sourire et d’arcs-en-ciel enchantés.