Ce matin, réveil très matinal (sentez le sarcasme) : 11h30. À mon grand bonheur, il s’agissait du premier jour de soleil depuis que je suis débarqué ici : il faisait donc autour de 20 degrés, très confortable. Trente minutes plus tard, j’étais dans l’autobus en direction du Centro de Malaga, là où se trouvent les monuments d’intérêt, les musées, quelques plages, etc.

N’étant pas encore tout à fait bien réveillé, et un peu blasé de n’avoir encore parlé à personne de la journée, je me met à faire des grimaces, dans l’autobus, à un petit garçon dans sa poussette, âgé peut-être de 2 ans et demi. Le jeu dura quelques minutes, jusqu’à ce qu’une dame âgée, assise tout juste devant moi, se fâcha, croyant que je me moquais d’elle à son insu. Pourtant, je les trouvais drôles, moi, mes imitations d’orignal…

Une fois débarqué, je sortis mon Routard et feuilleta le (trop) peu de pages qui parlent de Malaga : mon choix s’arrêta, en guise de première visite, sur la Cathédrale surnommée la Manquita ,« la Manchotte », puisque la construction d’une seule de ses deux tours n’a été achevée, malgré le fait que les travaux aient été entâmés au XVe siècle.

Avant de me diriger vers la Cathédrale, je pris la décision de faire quelques détours afin de trouver un endroit où je pourrais dénicher une petite carte touristique du centre-ville, en vain. Une fois arrivé devant la cathédrale, un homme un peu âgé m’aborda en me montrant un plan touristique, exactement ce que je cherchais. J’accepte donc, pensant qu’il attendait une quelconque rémunération (je lui en aurais donné 50 sous, considérant qu’il s’agissait d’une photocopie d’un plan municipal destiné aux touristes, donc gratuit). Cependant, il me fit signe, après m’avoir donné le plan, de le suivre et me dit qu’il voulait me montrer « el barrio Andaluz » (le quartier Andalou traditionnel). Un peu méfiant, je lui fis signe que j’étais capable de déambuler seul dans les rues, mais il insista. M’appuyant sur le fait qu’il était habillé dans les teintes des employés municipaux qui arpentent continuellement les rues, je lui demandai s’il travaillait pour « el ayuntamiento », i.e. s’il était un employé municipal. Ce-dernier me répondit que oui, et que cela faisait plusieurs années qu’il prenait un grand plaisir à faire découvrir Malaga aux touristes.

Je décidai donc, non sans prendre certaines précautions, de le suivre, et je me dis que si la promenade s’enfonçait un peu trop dans des recoins sombres, je cesserais de le suivre. Il me montra donc le théâtre Cervantes, des églises Maures du XI-XIIe siècle, etc. Un peu plus tard, il se mit à m’attirer dans des rues de plus en plus sinueuses, de toute évidence en dehors de la zone touristique « classique .» Je lui dis donc que je préférais ne pas trop m’éloigner de la cathédrale, et que j’avais un itinéraire de visite fixe, en faisait mine de m’éloigner. Il me dit, un peu énervé, que la cathédrale se trouvait tout juste au bout de la rue sur laquelle nous sommes, et que nous arrivions bientôt à notre point de départ. Loin d’être rassuré, je marmonnai un « d’accord », tout en enfonçant mon portefeuille dans ma poche de devant, en m’assurant que tous les compartiments de mon sac à dos étaient bien fermés. Anticipant le pire, je me mis aussi à tenir le sac en question contre ma poitrine. N’étant pourtant pas d’une nature paranoïaque, cette fois, je ne pensais qu’aux nombreuses histoires « d’horreur » d’étudiants un peu candides s’étant fait voler leur sac dans des ruelles sombres d’Amérique du Sud.

Cela faisait peut-être 20-25 minutes que nous marchions dans des rues sans nom. Je me réconfortais en voyant des familles locales marcher un peu partout, et en me disant que personne ici ne pourrait assister à une agression gratuite sans rien faire. Il s’arrêta donc tout proche d’une fontaine, posant son pied sur le rebord. La ruelle formait un cul-de-sac, et nous y étions seuls. Il me regarda, gentiment, et me dit : « Ahora, vas a tener que pagarme » (Maintenant, tu devras me payer).

Je lui dis que je n’avais qu’un billet de 20 euros : quelle erreur. Il me répondit que cela suffira, mais que bien des touristes donnaient nettement plus. Je rétorquai donc que je suis un étudiant, et que ce billet de 20 euros représente deux jours de nourriture pour moi, et que je ne peux me permettre de lui en donner la totalité. Je lui demandai donc, plein d’espoir, s’il avait de la monnaie, ce à quoi il me répondit qu’il avait, tout au plus, une cinquantaine de sous dans ses poches.

Je fis donc un pas de reculons, en lui disant qu’il était hors de question que je lui donne un tel montant pour une visite qui ne m’avait d’ailleurs pas appris grand chose. Il sortit donc une poignée de pièces de ses poches : à l’oeil, j’estimais à 3 euros, maximum. Je lui dis que ce n’était pas suffisant, et fis un autre pas de reculons. Il s’approcha donc davantage, et me sortit deux autres pièces de ses poches, cessant tout à coup de sourire. Il ajouta, un brin ferme, que c’était son gagne-pain, et qu’il en avait besoin pour manger. Moi, un peu naïf, un peu trop gentil, ( un peu touriste, quoi ! ), je lui tendis le billet de 20 euros, et récupéra sa monnaie, commençant déjà à m’éloigner.

En voyant que je m’en allais, il se mit à me héler, voulant attirant mon attention. En me retournant, je vis sa main bien tendue vers moi, exhibant un sourire fendu jusqu’aux oreilles… Je me suis alors dit que ce serait la dernière fois que je me ferais avoir, « comme un bleu », de la sorte.

Par la suite j’ai parcouru le musée Picasso, et fit un petit « shooting » photo sur la plage… Demain, je me dirige soit vers Grenada, soit vers Ronda. Dans les deux cas, il s’agit d’un trajet d’autobus d’autour de 2h-2h30, et il paraît que ces deux villes sont toutes autant à couper le souffle l’une que l’autre. Je verrai une fois là-bas !