Espagne – Hiver 2010


Je me surprends parfois.  En effet, j’ai passé les deux dernières journées en compagnie d’un gars de mon âge, un peu perdu (comme moi), un peu en recherche d’interactions sociales (tout comme moi, encore une fois), Ontarien.

Je blague, bien sûr.  Je n’ai aucun (presque ?) préjugé envers les ontariens, mais ce gars-là, Erick, n’en attire décidément aucun.  Accompagnés d’une franco-ontarienne d’Oxbury, Priscilla, nous nous sommes dirigés (pour ma part une deuxième fois) vers Grenade.  Je n’y étais allé que pour quelques heures, et il me restait tant de choses à y voir.  La veille, j’ai fait un tour à la Feria du Carnaval de Malaga afin de voir un peu comment on s’y prenait ici.  Chariots de dragons en feu, montagnes de plumes de paons, clowns, parade de femmes de 75 ans déguisées en Elvis Presley, tout y était.  Ou presque, j’ai attendu, les yeux pleins d’étoile, que le Bonhomme Carnaval se pointe le bout du nez, en vain.

Pour l’instant, j’ai par contre bien d’autres choses à penser.  Il se peut que j’aie à changer de logement, et ce, très rapidement.  En effet, la résidence ou j’habite, franchement loin de tout, a un peu « pris le bord. »  Comme j’en ai parlé plus tôt, l’ensemble de Malaga est en restructuration (l’instauration d’un réseau de métro y est pour beaucoup), et le réseau de transport en commun est franchement déficient par endroits.

La raison pour laquelle je dis cela est que la ville n’a mis à la disposition de mon quartier aucun moyen pour rentrer s’y rendre (à partir du centre-ville) après 22h45.  Ce fait s’avère très frustrant pour moi car j’habite à seulement 5 km du centre ; cependant, une bonne partie du trajet n’est pas réellement praticable à pieds puisque les trottoirs sont occupés par nombre de pelles mécaniques, de grues et de trous béants.  Je me retrouve donc dans l’obligation de prendre le taxi, ce qui, à 8 euros (12-13 $) par aller-simple, peut contribuer à une facture plutôt salée à la fin du mois.

Tout cela pour dire qu’en dehors de mes colocataires « chain smokers » et un peu trop fanatiques de Beyonce à mon goût, du manque criant de services en matière de transport en commun, le quartier que je reluque est franchement mieux.  Les logements y sont (nettement) mieux aménagés, les prix encore moins chers que ceux de la résidence ou je suis présentement, et tout est conçu pour le déplacement à pieds.

Le quartier en question se nomme « El Centro Historico ».  Les malins d’entre vous auront compris qu’il s’agit du centre historique de la ville, à moins de 10 minutes à pieds des ruines arabes, à 10 minutes à pieds de la plage, à 3 minutes de la centrale d’autobus, etc.  Je dois le crédit de cette trouvaille à Erick, qui m’a fait visiter son appartement : deux télévisions, une laveuse, un très bon internet, un four, une jolie salle de bain.  Ce sont toutes des choses que je ne possède pas actuellement dans ma résidence.  Et il paie 30 euros de moins que moi par mois.

J’étais cependant très nerveux à l’idée de résilier mon contrat de résidences, de peur de perdre mon dépôt (qui, comme tous les dépôts dont j’ai entendu parler en Espagne, est démesurément grand).  Par contre, il faut croire que j’ai des talents d’acteur hors du commun : moyennant une visite à la directrice des résidences (mélodramatique à souhait), je me suis sauvé avec une un délai d’à peu près 3 jours pour quitter les lieux, en récupérant bien sûr mon dépôt.

Je me vois donc, à l’heure où j’écris ce texte, dans l’obligation de me trouver un chez-soi, pas trop cher, pas trop laid, pas trop malpropre, bien localisé.  Je ne suis pas exactement sorti du bois.

Cette fois-ci, j’ai vu du pays.  Vendredi dernier, je suis allé passer à la journée à Granada, alors que j’ai passé la journée de dimanche à Ronda.

Granada possède le monument le plus visité d’Espagne : l’Alhambra.  Il s’agit d’une « ville » arabe fortifiée perchée au sommet de la colline de Sabika ; j’ai pu y voir les palais Nasrides des différents souverains arabes qui y ont régné entre le VIIIe et le XVe siècle, l’Albaicin, l’Alcazaba et les jardins de Generalife (à ne pas prononcer à l’anglaise « General Life » comme moi, ce qui m’a valu un petit rire hautain d’une guide…).

C’était beau, vraiment très beau.  Le seul hic, à mon avis, c’est que l’endroit est tellement touristique qu’il paraît un peu aseptisé, et n’a donc pas tout le cachet qui lui revient.  Malaga, en comparaison, possède aussi de très belles ruines Maures, mais elles sont nettement moins visitées.  Elles sont aussi plus effritées, plus « sur le rough », moins bien indiquées, et c’est là ce que j’aime.  À Grenade, il y un « irritant » de taille auquel on ne peut pas échapper : il faut entrer à des heures bien précises dans les monuments, sans quoi ce serait le capharnaüm et il pourrait y avoir du vandalisme.  À ces heures-là, il y a donc une marée de touristes, dans mon cas un groupe de Chinois devant et d’Allemands derrière.  Malgré tout, je suis très heureux d’avoir vu ce que j’ai vu, et j’y retournerai sans aucun doute avant mon départ.

Ce qui est bien dans le fait de visiter fin seul, c’est qu’on peut aller où on veut, visiter ce qu’on veut, et s’arrêter boire une petite mousse quand on le veut bien.  Bien sûr, considérant que les seuls êtres vivants à proximité lors des visites sont bien souvent des chats (mis à part à Grenade, où c’est la haute saison touristique tout l’année), la conversation est assez limitée, mais ça me va (pour l’instant  du moins).

En comptant ma promenade d’hier dans le quartier où j’habite,  je peux estimer à plus ou moins 73 le nombre de fois où je me suis perdu depuis que je suis arrivé.  À Grenade, j’ai passé à un cheveu de manquer le dernier autobus me ramenant à Malaga.  En effet, dans les villes que j’ai visitées, au moment où elles ont été bâties, le modèle de rue quadrillé et cartésien tel qu’on le connait ne semblait pas être particulièrement à la mode.  J’ai donc découvert l’existence de culs-de-sac optionnels, de semi-rond-points, de rues camouflées en entrées de maison, etc.   Je dois avouer que toutes les fois où je me suis dit « cette rue va me ramener où j’étais, elle remonte vers le nord » je me suis encore retrouvé 5 km plus bas (dans la direction opposée, bien évidemment).

Ronda est une ville qu’on peut qualifier d’antique (fondée au VIe siècle avant J.-C.), bien que peu populeuse aujourd’hui encore (autour de 36 000 habitants). Lors de cette visite, on peut dire que j’ai testé mes limites.  La ville est bâtie à cheval sur un ravin plongeant à plus de 100 mètres.  Dans ce ravin coule une petite rivière zigzagante (qui semblait petite de mon point de vue, du moins) et qui me rappelait étrangement lorsque le coyote, dans Bugs Bunny, tombait de la falaise et faisait un petit « pouf » de fumée en s’écrasant sur le sol.  J’y ai testé mes limites car j’ai le vertige : ce dernier m’empêche habituellement de faire autre chose que les autos tamponneuses à la Ronde… vous voyez le genre.  Cependant, cette fois-ci, je ne voulais pas regretter de ne pas être allé jusqu’au bord, et j’ai donc pris plus de 300 photos  un peu partout, où je ne me serais normalement jamais aventuré.  Ce qui est époustouflant à propos de Ronda, c’est que la vieille ville est située de l’autre côté de la falaise, et qu’il n’existe que deux manières de s’y rendre.  Il y a tout d’abord un tout petit pont romain (auquel je ne faisais pas plus confiance qu’au viaduc de la Concorde…), et le Puente Nuevo : sans contredit le symbole de cette cité.  Ce pont est tristement célèbre pour être le lieu où les réfractaires au régime Franquiste (lors de la guerre civile Espagnole) étaient  balancés vivants au fond du ravins.

J’ai aussi appris une bonne leçon : ne rien prévoir un dimanche quand on est en Espagne.  Les Espagnols vivent à leur petite vitesse, rien n’est ouvert le dimanche, ou presque.  Par exemple, le bureau des étudiants internationaux (qui sert entre 300 et 400 élèves par semestre) est ouvert 3 heures par jour, 3 jours par semaine… Les attractions touristiques, nettement moins pires, ne font par contre pas des pieds et des mains pour ouvrir leurs portes les fins de semaines.  J’ai donc eu la chance (!) de visiter le musée des bizarreries de Ronda (le Museo Lara) : ce musée se spécialise en machines à coudre, en appareils photos de collection, en instruments de torture et en créatures magiques de toutes sortes.  Le propriétaire du musée est un homme riche (et apparemment un peu illuminé) de Ronda courant les ventes aux enchères d’Europe qui décrit son musée comme un lieu « thématique », comme pour justifier le manque de cohérence de sa collection.  Néanmoins, je ne peux nier que c’était plutôt divertissant (mis à part la salle de machines à coudres…).

J’ai aussi eu droit à la Plaza de Toros de Ronda, la plus ancienne d’Espagne, et au musée du Taureau que l’Arène abrite sous les gradins.  Je ne pensais jamais mettre les pieds dans un musée du taureau, mais bon… C’est fait !

Il me restait un peu de temps, et j’hésitais entre visiter le musée de la chasse (une collection d’animaux empaillés, quoi…) et le musée des Bandidos, des pirates Andalous autrefois célèbres pour leur cruauté.  Ce musée (qui m’a paru le mieux adapté à mes intérêts), quoique intéressant, possédait seulement 2 salles et demi (la troisième étant grande comme un garde-robe à souliers).  C’était bien, mais un peu court.  En sortant, dans la boutique du musée, mon œil a sérieusement louché sur une Navaja Andalouse (que j’ai finalement achetée), une sorte de poignard courbé artisanal.  Maintenant, c’est Watch Out les guides touristiques qui veulent m’arnaquer, héhé.

Disons seulement que je me vois dans le devoir d’y retourner un jour ouvrable.

N.b. : En Espagne, le terme « ouvrable » peut aussi s’appliquer à une ville, apparemment.

Il fait encore gris dehors. Je me sens, de mon côté, nettement moins gris que la dernière fois. Peut-être cela a-t-il un lien avec le fait que beaucoup d’incertitudes se sont effacées aujourd’hui.

En passant, désolé pour le titre en anglais, c’est en fait un titre de chanson de John Lennon qui m’est venu à l’esprit lorsque je cherchais lorsque je cherchais un titre à cette chronique !

Comme on me l’a répété ad nauseam, je suis finalement sorti de chez moi ( pour une autre raison que d’aller à l’épicerie m’acheter mon nécessaire à croque-monsieur ). J’ai marché, pris quelques photos, et suis allé à l’Université faire un peu de repérage.

Bien honnêtement, je suis conscient que les photos ne sont pas excellentes, mais je voulais tout de même partager un peu l’environnement dans lequel je suis immergé. Malaga est une ville de toute beauté, mais qui n’est pas particulièrement à son meilleur par les temps qui courent. Depuis que je suis arrivé, j’ai vu – au bas mot – une douzaine de grues et une vingtaine de pelles mécaniques éparpillées à gauche et à droite dans la ville. Bien sûr, il y a pire. Par contre, il faut comprendre que l’installation d’un métro dans une ville âgée de 2800 ans exige beaucoup, beaucoup de temps. Il ne faut pas égratigner tel ou tel monument, on ne peut pas détourner telle ou telle rue, et pour cette raison, c’est long, c’est laid, et ça pue. Les quartiers qui ne sont pas touchés par les travaux majeurs sont en mesure de montrer la beauté exquise que cette ville a à offrir. Les panoramas, même au beau milieu des zones de construction (comme le montrent les photos plus bas), sont à couper le souffle. Les maisons juchées sur les montagnes, comme accrochées de peine et de misère, rappellent un peu (à mon avis), des maisons d’Amérique du Sud installées en milieu montagneux.

Pour se rendre à l’Université, à mon grand étonnement, il n’y a pas d’autobus. Bien sûr, des lignes parcourent le campus et les différentes facultés, mais aucune des deux lignes concernées ne se rendent dans le coin où j’habite. Ponctuel comme je suis, il semble bien que les 20 minutes qui me séparent (à pied) de ma faculté mettront à l’épreuve mes performance à la course à pied.

Par moment, il vaut mieux être sourd que d’entendre certaines choses. En me préparant mon petit souper, il y a quelques minutes, une phrase que mon colocataire a prononcée m’a rappelé un français, il y a quelques années, qui appelait les Québécois « des colonisés .» Sans aucune pointe de méchanceté, Felipe (c’est le nom du colocataire concerné) me dit :

-   Au Canada, vous êtes une république ou…Non, une colonie, c’est ça ?

-   Mmmmh, non, on est un pays qui fait partie du Commonwealth.

S’en suivent quelques explications sur ce qu’est le Commonwealth, sur l’Australie, etc. Il ajoute finalement :

-   Et, c’est vrai que vous et les États-Unis allez bientôt entrer en guerre ?

J’étais un peu, comment dire… exaspéré. Mais bon, il vaut mieux en rire que d’en pleurer !

Sur ce, demain, je visite sérieusement ! J’espère pouvoir ramener de meilleurs clichés, s’il la météo le permet finalement !



Dimanche 24 Janvier 2010, il fait plutôt bon à Malaga, la résidence où j’habite est plutôt jolie, et le beurre d’arachide que j’ai amené avec moi me fait un peu de bien, mais je dois avouer que j’ai le blues, les boules, le cafard.

Mon état d’âme est complètement différent de celui dans lequel j’étais cet été à Barcelone : plusieurs facteurs semblent en cause. Ici aussi, à Malaga, c’est l’hiver. Bien sûr, ce n’est pas la même chose que chez nous, mais il fait quand même frais (15-20 °C), et je pourrais jouer avec l’argument (chochotte direz-vous) de « micro-down » saisonnier. Aussi, sans vouloir sombrer dans le mélodrame, tout juste avant de partir pour l’Europe, mon chien (qui me suivait depuis mes 6 ans, alors que j’en ai aujourd’hui 20) a passé l’arme à gauche. Finalement, le dernier point (et non le moindre) : j’ai laissé une moitié de moi de l’autre côté de l’Atlantique. Cette moitié est finalement nettement plus considérable que ce que j’anticipais, d’où le blues actuel…

Dans le but de ne pas auto-saboter ce projet sur lequel je planche depuis plus d’un an, j’essaie malgré tout de rester positif. Comme je l’ai mentionné plus tôt, le logement où j’habite est confortable, salubre (cette fois-ci !), et plutôt bien localisé. Aussi, les gens avec qui j’habite, trois espagnols de souche, sont fort aimables malgré le fait que le choc des cultures fasse parfois des étincelles. En effet, il est socialement accepté, ici, de fumer clope après clope dans la cuisine/salon commune (alors que ma porte de chambre y est tout juste adjacente) sans demander l’avis de ses colocataires. Il est assez désagréable, me semble-t-il, de se réveiller en toussant parce que l’odeur de cigarette envahit sa chambre.

Le jet-lag est long, très long à rattrapper. Hier soir, je me suis endormi aux alentours de minuit, heure de Montréal (donc 6h du matin, heure locale !). Je pourrais toujours jeter le blâme sur la performance parfaite du Canadien et sur la diffusion internet impeccable de CKAC dudit match, mais je n’oserais m’y abaisser. Je me lève donc aux alentours de 8h45, heure de Montréal (soit 14h45, heure locale), pour réaliser que j’ai perdu la moitié de ma journée à me retourner dans mon lit à me dire qu’il est trop tôt pour se lever. Je me déculpabilise en disant que j’ai droit à cette paresse, que le décalage horaire m’y autorise et que cet écart de rythme circadien n’est que passager.

Quand l’appétit va, tout va. Ce n’est que trop vrai. Depuis 3 jours, je n’ai été capable d’avaler que 2 repas ; la fin du deuxième refroidit actuellement à la droite de mon clavier, incapable de me faire saliver. Je remercierai tout de même le fromage Cheddar orange et le beurre d’arachide crémeux de m’avoir gardé en vie !

Fatigue oblige, je me retrouve souvent dans ma chambre, accompagné des nombreux films que j’ai emmenés. Ceux-ci s’avèrent être un refuge confortable, un des seuls capables de me changer un tant soit peu les idées.

Je sais que je possède un talent confirmé pour le chialage, la plaignardise et la geignerie (et autres synonymes de mon cru). Je sais aussi à quel point je suis actuellement au beau milieu d’un triste étalage de ce talent. Néanmoins, je crois – et j’espère – que cette « bougonnerie » s’estompera sous peu, au profit d’un engouement pour cette ville magnifique qu’est Malaga.

En effet, le relief d’ici, coupé au couteau, rappelle un peu par endroits, à sa manière, d’anciennes carrières dynamitées. De nombreux paliers sont présents, offrant un relief hors du commun, saccadé et irrégulier. Je n’ai pas encore visité la vieille ville (qui se trouve à 4 km de ma résidence), mais j’ai de bonnes raisons de croire que je n’en aurai pas fait le tour de sitôt. En effet, lorsque j’ai appuyé sur la touche « Attractions Touristiques et Culturelles à proximité » de mon GPS, plus d’une quarantaine de résultats sont apparus.

Pour l’instant, je crois que c’est tout. Je n’ai encore pris aucune photographie, météo exige (il a plus toute la journée d’hier), mais je corrigerai le tir sous peu !

En attendant, je crois que je vais aller me reposer un peu…

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