Thu 1 Apr 2010
Ça commençait à faire un petit bout de temps que je n’avais pas donné de signe de vie. En fait, j’hésitais à afficher un texte sans contenu, sans viande, puisque depuis deux ou trois semaine, c’est à peine si je sors de mon appartement pour aller à mes cours ou à l’épicerie. Pourtant, il ne pleut plus, il commence à faire chaud, et les petits monsieurs « show-off » se promènent déjà en camisole dans la rue en prenant bien soin de se coller les cheveux sur la tête avec une demi-livre de margarine. Moi, je ne peux pas, bien malgré moi.
C’est quand même dommage, puisqu’en ce moment, c’est LA grosse semaine en Espagne, plus spécialement en Andalousie : la Semana Santa. Nul besoin d’être hispanophone pour comprendre qu’il s’agit de la semaine sainte, ce qu’au Québec on célèbre encore plus ou moins, qui commence avec le dimanche des rameaux et qui se termine par le Samedi Saint. Ici, si on réunit l’ampleur des fêtes de Noël, de la San Juan (leur équivalent de la St-Jean-Baptise, une fête majeure en Catalogne), et de la fête du Printemps, on n’arrive même pas à une fraction de ce que représente la Semana Santa ici, en Andalousie. Les deux villes où les célébrations sont les plus imposantes sont Séville et (quelle chance !) Malaga. Dans mon cas, ces superbes célébrations sont en quelque sorte un couteau à double tranchant. En effet, l’édifice dans lequel j’habite est situé entre deux rues où circulent des processions tous les jours, toutes les heures, entre 13h et 4h du matin. Ces processions sont généralement composées d’une fanfare de type militaire (tambours, clairons, trompettes, cor français, etc.) et d’une centaine de « marcheurs » portant des chapeaux et des habits rappelant tristement ceux que portaient les membres du Kuklux Klan (qu’on appelle « capirote »), mais qui sont en fait des costumes traditionnels datant du moyen âge. On dénombre une vingtaine de processions différentes vouant chacun un culte à un patron, un saint, ou une scène biblique différente. L’agencement d’une couleur de capirote avec une autre pour la toge représente un culte en particulier. Chacune de ces processions est d’ordinaire suivie d’un véritable raz-de-marée de curieux venus des quatre coins du monde et parcourt les rues selon un trajet et un horaire strictement établis afin qu’aucune des processions n’arrive face à face avec une autre.
Donc, c’est bien beau tout ça, mais la fenêtre de ma chambre (qui est en fait un salon) donne directement sur la rue Calle Arco de la Cabeza, une des rues qui fait partie de quasiment tous les trajets de processions et qui est donc à coup sûr bruyante et pleine de gens à toute heure du jour et de la nuit. En temps normal, je me joindrais au troupeau et j’irais mettre mon nez dans ces célébrations noyées d’encens, de musique et de pétales de roses (que les gens achètent en poches de plusieurs kilogrammes pour jeter sur les statues), mais il s’avère que j’ai un examen le jour où se termineront les festivités. Cet examen est décisif sur bien des plans, puisque si je ne réussis pas tout les cours auxquels je suis inscrit ici, je me retrouverai dans l’obligation de rembourser le montant que m’a octroyé le Ministère de l’Éducation, des Loisirs et des Sports. Donc, ce « léger » facteur vient assurément tempérer mes ardeurs ecclésiastiques, en plus de renforcer mes grincements de dents quand, à 4 heures du matin, 20 trompettistes viennent s’époumoner de l’autre côté du mur où ma tête est appuyé.
Malgré tout, quand je sors m’acheter à manger et que, comme au Parc Safari de St-Félicien, j’observe la faune locale, il n’est pas rare que je m’arrête pour en voir un peu plus. Par exemple, ici, quand il y a une procession, chacun des marcheurs capuchonnés porte soit un cierge, soit un étendard avec ce qui semble être une armoirie en lien avec le saint concerné. Or, ceux qui portent des cierges vident, plus ou moins à chaque minute, le contenu en cire de leur cierge qui déborde sur des boules de cire que les enfants s’amusent à confectionner. En effet, au tout début, ils ramassent généralement une cuillère en plastique sur le sol et commencent par remplir l’extrémité de la cuillère de cire, puis, graduellement, forment ce qui finira par être des sphères de la taille d’une petite boule de bowling.
Aussi, un peu comme les québécois avec les lumières de Noël, les gens se valorisent ici par la décoration de leur balcon durant la semaine sainte. On n’hésite pas à afficher des tissus brodés avec du fil d’or, des blasons pompeux ou d’énormes bouquets de fleur, et plus on jette de fleurs au passage des processions, mieux c’est.
Moi, de mon côté, ça va plutôt bien. Je suis toujours extrêmement satisfait de l’appartement et des propriétaires qui nous traitent réellement comme des membres de leur famille. En effet, nous sommes restés un peu surpris quand Helena, l’épouse du propriétaire, nous a annoncé qu’elle nous avait préparé plusieurs petits plats et qu’elle nous faisait cadeau d’un gros pot de miel et d’une énorme cruche d’huile d’olive artisanale confectionnés par elle-même.
Une fois mes examens passés, la prochaine étape sera Marrakesh, puis la visite de mon frère et de ma sœur, respectivement en Suède et en France au mois de Mai. Par la suite, comme je l’ai rappelé plus souvent qu’à mon tour, j’irai me payer une coupe de cheveux, repasser mes plus beaux habits et me parfumer pour celle qui aura droit à mon sourire le plus vrai depuis longtemps.